vendredi 30 novembre 2007

Making of

Amis blogueurs, voici une petite séquence qui nous ramène quelques jours en arrière, sur la route du tour de France de NS55.
Nous sommes à Marseille, lundi 19 novembre, au matin. Nous avions prévu de tourner une séquence en deux temps, avec le journaliste François Missen.
La première partie de la rencontre a été mise en boîte quelques minutes plus tôt sur les quais du Vieux-Port, face à la navette des douanes. Puis nous souhaitions tourner sur une passerelle surplombant le chemin de fer, passant sous la bretelle d'autoroute surélevée à l'entrée de la ville (celle qui sera bientôt détruite).
Un décor urbain bien dans l'atmosphère de notre sujet. Surtout, depuis ce point de vue, nous avions en arrière-plan le paysage du port de commerce, dont l'accès nous avait été refusé quelques jours plus tôt (au motif qu'il ne fallait surtout pas " sâlir " l'image du port).

Evidemment, comme souvent, même quand tout a été soigneusement préparé et repêré, les choses ne marchent jamais totalement comme on l'a prévu. Une fois la séquence du Vieux-Port en boîte, nous avons demandé à nos deux héros du jour de cesser leur conversation et se diriger vers les véhicules, afin de rejoindre le second lieu de tournage, pour qu'ils puissent reprendre leurs échanges.
J'ai embarqué François Missen dans ma voiture, tandis qu'Emmanuel et Cédric (l'ingé-son qui nous avait donné la main ce jour-là) étaient montés avec NS, dans le camping-car.
Problème, quand nous sommes arrivés devant l'entrée 3 du port, j'avais prévu que nous nous arrêtions juste avant la barrière d'entrée, dans une sorte de contre-allée. Emporté par son élan, l'ex-infiltré est allé jusqu'à l'entrée au volant du camping-car. Les deux plantons chargés de filtrer les allées et venues l'ont laissé passer, pensant qu'il s'agissait d'un véhicule officiel. Puis NS et l'équipe ont laissé le camping-car à l'intérieur du site, pour nous rejoindre là où nous devions tourner. Evidemment, nous étions attendus au retour.
Voici le résultat, pas piqué des vers...



jeudi 29 novembre 2007

It's a long day

Retour à Marseille, ce jeudi, pour l’équipe de tournage...
Un retour tardif et éprouvant, hier dans la nuit.

Après l’escapade Montebourg du début de semaine, nous étions redescendus vers Lyon, pour une halte dans la nuit de lundi chez des amis du tour, qui nous ont fait le plaisir, l’honneur et l’amitié (renouvelée) du couvert et du lit.
NS55, lui, en vieux renard solitaire de la route, a préféré coucher dans sa maison sur roues.

Mardi matin, le lever a été prononcé aux aurores. Il nous fallait momentanément abandonner le camping-car à Lyon, pour rejoindre la capitale en TGV. Une infidélité imposée par la lenteur de l’engin et le peu de temps que nous avions devant nous.
Après être arrivés à Paris vers 10h55, nous avons abandonné l’aviseur pour aller récupérer une sacoche pour la caméra. De son côté, le boss du narcotour avait rendez-vous avec son avocat pour un point sur sa situation et définir la stratégie des semaines à venir. Au menu des discussions entre les deux hommes, la préparation d’une plainte au pénal, qui sera nominative cette fois (contre deux anciens hauts responsables de douanes).

Vers 15h30, la jonction a été opérée dans le 10ème arrondissement, du côté des grands boulevards. NS55 était invité à intervenir devant des journalistes des stations régionales de France Bleu, qui suivaient un stage de perfectionnement sur les questions de justice, avec l’ESJ, l’école de journalisme de Lille. Cette rencontre se tenait dans les locaux du syndicat de la presse hebdomadaire régionale (PHR, pour les initiés), rue de Hauteville.



Pendant qu'il patientait avant le début de son intervention, le nomade du tour a trouvé un bureau et un ordinateur pour vérifier la mise en ligne de ses aventures sur le blog.



Claude Furet, qui animait ce stage, a accueilli NS55 devant une grosse quinzaine de journalistes. Avec Emmanuel, nous avons expliqué en quelques mots la raison de notre présence et le travail que nous effectuons autour de l’histoire et du parcours de l’ex infiltré, avant que la rencontre ne débute véritablement.

Au total, elle a duré deux grosses heures, Fiévet expliquant avec beaucoup de précision les méandres de son action et les coulisses étonnantes des services secrets de la République. Les stagiaires étaient très réceptifs. Curieusement, certains d’entre eux n’avaient jamais entendu parler de cette affaire, pourtant plutôt médiatique. A croire que même chez les journalistes, qui font pourtant métier d’être informé, des affaires spectaculaires peuvent passer inaperçues...
Le pilote du tour de France leur a notamment annoncé les prochaines étapes de son épopée sur route. Il en a profité pour prendre des contacts précieux, envisageant de retrouver certains des participants à cette réunion lors d’une future escale dans leur ville, une fois qu’ils seront rentrés chez eux.

Après cette brillante intervention, NS nous a abandonné à notre sort sur le trottoir parisien.
Il était attendu pour dîner en famille.

Avec Emmanuel, nous nous sommes arrêté pour siroter une bière dans un bar voisin, avant d’aller dîner du côté de Montparnasse. Après bien des hésitations, c’est finalement dans une crêperie située après la rue de la Gaité que nous avons échoué. J’ai d’ailleurs découvert là l’existence de cette « rue de la crêpe », dans laquelle sont installées une bonne dizaine de restaurants faisant de la fameuse galette une affaire de religion. Emmanuel a avalé deux crêpes au jambon, au fromage et à l’œuf. Pour ma part, la première m’a suffit. Et je n’ai pu finir une salade au poulet très moyenne. Pour accompagner ce festin, nous avons eu droit à un pichet de vin du Languedoc qui tenait plutôt du litre de super à la pompe. Heureusement, le délicat breuvage était très froid, ce qui a permis de l’avaler en souffrant moins.
Vous le constatez, un repas de fête de plus sur notre parcours à travers la France. Un repas de gala, devrais-je dire : en effet, Manu fêtait ce soir là ses 38 ans !

Mardi, matin, nous avons retrouvé NS55 dans un minuscule café de la rue des Haies. Une toute petite buvette, présentée par son patron comme une des plus vieilles de la ville – plus de 200 ans d’histoire, je crois, et toujours dans son jus d’autrefois. A notre arrivée, Marc était le seul client. Le rendez-vous avait été fixé à 9h, mais il nous attendait de pied ferme. Très en avance, comme d’habitude (alors que nous avions déjà largement margé pour fixer l’heure de rendez-vous), et impatient d’en découdre.

Ce matin, nous avions rendez-vous dans les locaux de Rue 89, le journal en ligne (lancé par une équipe composée notamment d’anciens de Libération) qui fait beaucoup parler.
David Servenay, journaliste de la rédaction et ancien de RFI, s’est longuement entretenu avec Fiévet. Il connaissait son histoire pour avoir lu le premier livre que NS55 avait sorti alors qu’il était encore en prison. Il tenait par ailleurs à donner un coup de projecteur sur notre travail autour du tour de France, en informant les nombreux lecteurs de Rue 89 (89 pour la révolution, évidemment, mais aussi pour 1989, année de l’invention du web…) de l’existence de ce blog et en lançant un appel aux producteurs. Servenay a ensuite mis en boîte une très longue interview vidéo de Fiévet, qui doit accompagner son article. Avant de mettre votre serviteur à contribution – un entretien un peu laborieux, je dois l’avouer, ayant un peu de mal à être percutant en raison de la fatigue accumulée, des innombrables déplacements, des nuits très courtes et de la quantité de choses à préparer chaque jour. Je ne sais pas ce que cela donnera, mais on jugera sur pièces…
Nous avons aussi fourni la rédaction en photos prises par nos soins sur le narcotour. Avec, également, un passage vidéo réalisé lors de la rencontre avec Montebourg, lundi dernier, dans sa circonscription de Louhans.
Fiévet en a profité pour saluer Arnaud Aubron, spécialiste des questions de stups chez Rue 89.

Un peu avant midi, après avoir traîné laborieusement nos nombreux sacs dans les couloirs du métro, nous avons retrouvé un informateur dans le centre de Paris. Une discussion très intéressante, qui nous a apporté des éclairages précieux pour préparer la suite du tournage. Extrêmement bien renseigné, cet interlocuteur nous a fourni des infos, des pistes et des tuyaux qui devraient nous être utiles. Son identité vous restera malheureusement secrète, même si ce n’est pas l’habitude de ce blog ni sa philosophie. Mais dans son cas, la garantie de son anonymat est un impératif.
Mais nous reparlerons très vite de ce que ce rendez-vous aura comme conséquences pour le documentaire en tournage.

Vers 13h30, nous avons laissé notre informateur en compagnie de NS55. Avec Emmanuel, nous avions un rendez-vous important, au Rouquet, une brasserie à l’angle du bld St Germain et de la rue des Saint Pères : notre rendez-vous du moment s’appelait Yannis... Oui, le fameux producteur avec qui nous entretenons une relation très peu... productive depuis de longs mois !

Cette fois, enfin, nous avons pu l’avoir face à nous. A notre table. En effet, si nous discutons depuis plusieurs mois avec lui, via le téléphone ou le mail, nous ne l’avions jamais rencontré physiquement. C’était une première, donc !
Arrivé un peu en retard, portant beau dans un costume gris de bonne coupe, Yannis a commencé par nous faire la retape au sujet du développement de sa société, visiblement en bonne forme. Bien lui en fasse d’ailleurs, mais nous n’étions pas là pour lui racheter sa boîte, comme vous le savez - mais plutôt pour essayer de lui... prendre de l’argent.

Difficile, au bout de cette petite heure de discussion, de se faire une opinion précise sur ses intentions. Pour la énième fois, Yannis a réaffirmé son intérêt pour le projet, nous questionnant sur le tournage, ses aspects techniques, nos choix de réalisation et nos partis-pris. Il a évoqué des rendez-vous qu’il s’est engagé à prendre (ou à reprendre) avec les chaînes. Il est passé très rapidement sur la question ce que pourrait être le budget de ce tournage dont beaucoup de séquences sont encore à mettre en boîte. Il a pris également note de notre volonté de donner une dimension internationale à notre film, le sujet imposant cette échelle – ce qui passe notamment par des déplacements à l’étranger. En même temps, il ne s’est engagé en rien. Ne nous a pas présenté de contrat, ou annoncé de contrat à venir. Pas plus qu’il n’a proposé d’avancer un peu d’argent pour permettre au tournage de se poursuivre, façon pour lui d’arrêter les choses et de nous signifier son engagement à nos côtés.

Pour avoir un peu l'habitude des discussions avec les producteurs, nous sommes repartis avec une impression mitigée, au moment de sauter dans un taxi pour la gare de Lyon. Si Yannis a affirmé plusieurs fois vouloir travailler avec nous (précisant qu’il avait beaucoup apprécié le 52’ diffusé cet été sur la guerre du thon, dans l’émission Strip tease), c'était pour laisser entendre dans la foulée qu’il y avait plein de choses à faire, en évoquant de vagues projets…
Un peu curieux, en réalité, cette attitude consistant à vous expliquer dans un grand numéro de dresseur de serpent que vous êtes bien l'homme idoine tout en donnant l'impression de déplacer le curseur d’une éventuelle collaboration vers un projet hypothétique - alors que vous êtes justement là pour proposer un projet béton à celui qui vous joue ce numéro. D'ailleurs, au passage, pas sûr du tout que j’ai demain un projet aussi puissant (avec une vraie histoire personnelle, un vrai personnage et un sujet de société très fort)sous le coude…
De toutes façons, seul le présent (et le nécessaire renflouement de nos caisses vides) nous intéresse.
Du coup, quand notre ami Yannis nous a quitté, pressé de retrouver Frédéric Mitterrand (avec qui il devait visionner des images d’une production en cours), nous ne savions pas trop s'il fallait se réjouir de ce rdv ou si mieux valait passer à autre chose.

Quoiqu'il en soit, à 16 heures, nous étions bien dans le TGV pour Lyon. NS, de son côté, devait sauter dans un train en direction de l’Ouest, pour un détour chez une de ses filles.

Avec Emmanuel, nous avons ensuite retrouvé notre voiture un peu après 18h20. Pour nous engager sur l’autoroute du sud. Une longue route, assez épuisante, direction Marseille. Avec une première halte à Avignon, pour déposer Emmanuel dans sa petite famille à 23 heures.
Pour ma part, ce n’est que vers minuit et demi que j’étais dans mon lit.
Epuisé par une journée sans fin...

Olivier-Jourdan Roulot

mardi 27 novembre 2007

La lettre à Nicolas

Après le week-end vert, la caravane du tour a repris la direction du nord en remontant la vallée du Rhône par petits sauts de puce : Avignon, Bollène, Lyon, autant de paliers afin de se positionner pour lancer l’étape du jour. Ayant laissé le Laika partir sans nous pour prendre de l’avance, nous avons fait la route de notre côté avec notre propre voiture (de quoi alourdir au passage une facture d’ensemble déjà passablement gratinée…).

Finalement, nous avons rallié la tête du narcotour autour de midi, ce lundi. La jonction s’est effectuée sur une petite commune située à une quinzaine de kilomètres de Tournus, pays de la roche de Solutré et des ascensions mitterrandiennes. Le Laika était stationné au bord de la nationale, sur le parking d’un garage Renault, dans un paysage absolument déprimant. Dans la nuit de samedi à dimanche, alors qu’il se trouvait au nord de Bollène, NS55 avait du changer l’orientation du camping-car pour laisser moins de prises à un vent particulièrement déchaîné.

L’objectif du jour devait nous conduire jusqu’à Louhans, petite commune de 5 000 habitants, célèbre principalement pour une équipe de foot partagée avec la ville de Cuiseaux. Un objectif très politique, là encore, après le dernier week-end écologique. Mais dans l’immédiat, par ce lundi d’hiver totalement gris, la décision de nous attabler dans un routier fut unanime. Nous avons trouvé notre bonheur quelques kilomètres plus loin. Dans un de ces établissements comme on croirait qu’il n’en existe plus, tellement ils renvoient à des temps et des modes de vie qui paraissent éloignés de notre modernité très majoritairement urbaine. L’établissement du jour se trouvait au milieu d’un paysage halluciné, au milieu d’une plaine inondée, dans laquelle il était bien difficile de distinguer où se trouvaient les limites du fleuve.

NS en fut quitte, du coup, pour garer son véhicule sur un parking détrempé. Pour lui qui ne voulait pas mettre de boue sur son fier attelage, qu’il venait de nettoyer, c’était plutôt raté...
Le restaurant, uniquement peuplé de routiers comme autrefois et de gueules cassées, semblait une sorte de conservatoire d’un univers populaire et ouvrier comme on ne les raconte plus (quasiment) que dans les livres. Aux murs, c’était un véritable musée qui s’offrait à nos yeux, avec des réclames publicitaires sur plaques émaillées aux slogans publicitaires terriblement efficaces. Pendant ce temps, les tournées succédaient aux tournées au comptoir.
Une fois installés par la patronne, le repas s’est avancé tout seul, sans qu’il ne nous soit demandé notre avis – ici, c’est menu unique, évidemment. Pour commencer, une petite entrée amalgamant une tranche de ballottine (ou de mortadelle, le débat fut âpre), un peu de salade verte et deux cornichons. NS55 avala le tout d’un bon appétit. Pour la suite, il exigea de passer directement au plateau de fromage.

De nôtre côté, nous avons préféré le boudin noir, accompagné d’une purée (maison) et de pommes cuites, à la tête de veau ravigote. Le tout accompagné d’un vin de table indéfinissable. L’aviseur eut ensuite droit à une spécialité locale de fromage, suivi d’un clafouti recouvert d’un chocolat fondant. Manu prit du fromage, alors que je me contentais d’un café.

Après cette excellente halte routière, il était temps de reprendre la route. Nous avions rendez-vous à 14h30 au 9, rue Dodanes, avenue parallèle à la rue centrale des arcades, la rue principale et commerçante de Louhans. Heureusement, à notre arrivée, le marché du lundi matin, véritable évènement local, avait plié ses étals. Nous sommes arrivés sans NS, pour retrouver Arnaud Montebourg à sa permanence. Nous avions prévu avec son assistante de le voir d’abord seul, pour réaliser un entretien autour des questions du trafic de drogue et des circuits occultes de blanchiment. Le bouillant député socialiste était un peu en retard. Les permanences du lundi matin, à l’évidence, s’étaient un peu prolongées et il n’était parti déjeuner que depuis quelques minutes à notre arrivée.

L’entretien a donc commencé avec un quart d’heure de retard. Après une mise en bouche composée d’une plaisanterie sur le cas Hollande, il a duré au total une quarantaine de minutes. Nous avons ensuite retrouvé NS55 au moment de son arrivée à Louhans. Après l’avoir équipé d’un micro HF, il a à son tour positionné son véhicule devant la permanence du promoteur de la VIème république. Le rendez-vous entre les deux hommes était fixé à 16h30. Arnaud Montebourg a reçu son visiteur environ une vingtaine de minutes. Il l’avait rencontré à deux reprises, quand l’agent infiltré se trouvait encore en prison, à Fresnes, alors qu’il enquêtait pour la commission parlementaire sur le blanchiment. Puis ils s’étaient retrouvés ensemble sur le plateau d’Ardisson, quelques mois après la sortie de prison de l’aviseur.
L’échange a été direct et efficace. Le socialiste s’est personnellement engagé à monter en première ligne pour tenter de faire bouger les choses et trouver une solution honorable et digne à la situation ubuesque de Fiévet.
C’est franc, direct, comme à l’habitude avec le député de la Saône et Loire. Voici un extrait de la conversation…




Olivier-Jourdan Roulot, sur la route du tour, depuis Louhans

dimanche 25 novembre 2007

Samedi au vert

Après le contre-la-montre d’Aix en Provence la veille, hier, le camping-car du narcotour faisait escale à Marseille pour une étape très politique. NS55 avait en effet décidé de s’inviter à la Fête des Verts, organisée au théâtre Toursky, haut lieu libertaire. Pour les 14 mètres de long du véhicule, l’approche n’a pas été des plus aisées, dans ces rues d’un Marseille très paupérisé. Pour l’occasion, il fallut même déplacer des voitures pour permettre au Laika pris au piège de repartir, et ainsi libérer la circulation. Quelques gamins joueurs ont tenté d’escalader ce drôle d’attelage, dont les sigles résonnaient forcément d’une façon particulière dans ce Marseille du chômage, de l’immigration et d’une vie difficile.

Finalement, après s’être extirpé de ce piège urbain, NS parvenait un peu après midi dans la promenade Léo Ferré, face au théâtre dont le grand Léo était un ami et un défenseur. A notre arrivée, autour de 13h30, le Laika était parfaitement garé, juste un peu avant l’entrée du lieu. Immanquable, du coup, pour n’importe quelle personne se présentant.
Marc n’était pas à bord.

En réalité, il était installé en bonne place, dans le hall d’entrée du théâtre, au milieu des stands des organisations proches du parti écologiste. « Je suis arrivé, on m’a dit " tu as un stand ", j’ai dit ok, je sors tout le matériel ! », nous a-t-il lancé pour toute explication devant notre surprise. Voilà comment NS, l’air de rien, a pu occuper une position idéale tout l’après-midi, juste à côté d’un stand du Droit au logement, à droite de la porte d’entrée, et face à celui de Greenpeace – de quoi au passage nous rappeler quelques souvenirs, avec Emmanuel, puisque le 52 mn que nous avions consacré cet été à la guerre du thon dans le magazine Strip Tease avait été en partie tourné dans le port de Marseille, au moment de la bataille navale qui avait opposé les thoniers au Rainbow Warrior, le navire amiral de l’organisation.

NS55, lui, était très satisfait. Il faut dire que son stand avait fière allure, comparé à celui de ses voisins. Un stand multimédia : des livres, des articles et coupures de presse, des prospectus, une petite pancarte annonçant un improbable narcotour de France (celle qui trône généralement à l’avant du camping-car, comme une figure de proue derrière le pare-brise), ainsi qu’un écran plat diffusant en boucle des émissions, journaux télévisés et reportages consacrés à l’affaire Fiévet. L’homme du tour avait installé un magnifique Secret défense, barré d’un Infos douanes du meilleur effet, sur le haut d’un piano. Pour délimiter la zone de cette curieuse installation douanière, dont la présence était pour le moins singulière en ce lieu, Marc avait installé trois bornes routières, qu'il utilise généralement pour délimiter une zone de protection sur la route autour du camping-car.

« Je leur ai dit " je vous donne 5 euros par livre vendu " », précisait NS. « Le mec m’a dit " non laisse ! Combien tu vas nous donner ? 50 euros ? Garde tout " ».
Au total, l’ex-agent infiltré aura vendu trois livres. Moins que les 50 euros escomptés, donc. Peu mais pas inutile pour financer l’avancée de l’expédition.
Il comptait également saluer Noël Mamère, annoncé vers 14h30, pour intervenir dans un débat sur le rôle des Verts dans la société de demain. La plus célèbre moustache du paysage politique français (avec celle de Bové) était en effet intervenu dans son dossier, alors qu’il se trouvait encore en prison, à l’époque.





Finalement, après cette journée de rencontres et de réflexion sur l’avenir de l’écologie politique, notre VRP décidait de lever le camp et retrouver sa maison sur roues, pliant méticuleusement ses bagages, alors qu’une pluie froide arrosait la nuit qui était tombée dehors.
Vers 19h00, au moment où les membres de Raoul Petite, le groupe qui devait conclure en beauté ce samedi vert, Fiévet a tourné la clé de contact du Laika. Restait à sortir de la petite impasse du Toursky. De quoi provoquer quelques échanges secs, entre des véhicules bloqués par la caravane du tour et un NS55 remonté comme une pendule. Finalement, après quelques sueurs froides et quelques noms d’oiseaux échangés sans manière, le camping-car parvenait à se dégager et retrouver sa liberté.

vendredi 23 novembre 2007

Tuyauterie percée

Toujours imprévisible et déroutant, NS55 avait décidé ce matin de revenir sur les lieux du crime : autour de 11 heures, le nez du Laika siglé d'un superbe et intimidant DNRED (la direction de services de renseignement, pour les ignares de la chose douanière...) est apparu sur le parking de la direction des douanes d'Aix-en-Provence, devant l'entrée de Météo France, là où le narcotour avait déjà fait halte vendredi dernier.



En réalité, si la caravane avait choisi de poser à nouveau le camp ici c'était pour une raison bien précise. L'ancien agent infiltré avait appris, avec son sens consommé du renseignement, qu'un pot se tenait autour de midi, pour le départ à la retraite d'un douanier. Surtout, des huiles étaient annoncées. Et, parmi celles-ci, il y en avait une en particulier à qui NS souhaitait parler : une vieille connaissance, perdue de vue au cours de son hallucinant parcours carcéral, mais à qui l'échappé du narcotour entendait parler du pays, cet homme ayant joué un rôle moteur dans ses terribles mésaventures.

Fiévet a donc accueilli les différents convives. Certains auront engagé la discussion avec lui, d'autres préférant filer droit en l'évitant, ne souhaitant visiblement pas discuter avec le propriétaire de ce singulier attelage.
A noter, pour la petite histoire, que Fiévet a retrouvé là deux personnages croisés récemment. Alors qu'il leur proposait un exemplaire du Narcoscoop, le fanzine qu'il distribue au public, l'un deux a justifié ainsi son refus : " on l'a déjà eu à Montpellier !"
Effectivement, la caravane avait croisé leur route lors de l'escale de Montpellier, un mois plus tôt. Les deux montpelliérains auront pu constater de visu la détermination et la persévérance de NS55, qui continue à occuper consciensement le terrain et à camper devant les directions des douanes de tout le pays - quelque soit la ville, la région ou la saison.

Finalement, le tuyau qui avait fait se déplacer le camping-car s'est révélé... crevé : la cible du jour n'aura pas fait le déplacement.
C'est donc vers 15h00 que le Laika a quitté le site. Au tableau de chasse du jour, deux livres vendus. Quelques euros, donc, qui permettront de faire quelques kilomètres de plus. Pour repartir vers d'autres aventures. Qui pourraient se révéler très politiques, celles-ci...
Mais je ne vous en dis pas plus... pour l'instant...


PS. : à noter que ceux d'entre vous qui écoutaient la radio ce matin à 8h00, sur la fréquence de Radio Nova, auront pu découvrir un nouvel épisode de nos reportages sonores depuis le narcotour... Pour les autres, nous envoyons immédiatement un mail à miss Mathilde, la maîtresse de cérémonie de la matinale, pour récupérer le média et le mettre en ligne. Patience, donc !

jeudi 22 novembre 2007

Prisonniers de Ronnie…

Voici les dernières nouvelles de la caravane du narcotour…

Après notre arrivée à Grenoble lundi soir (et la douce nuit qui a suivi plantés au milieu d’une zone commerciale), la journée de mardi avait commencé dans une certaine tension à bord du camping-car – comme relaté dans le compte-rendu mis en ligne mardi.
Pour calmer les humeurs de chacun, nous avons pu avec Emmanuel prendre une douche réparatrice chez une étudiante que NS55 connaissait. Il faut dire ici que les questions d’hygiène et de toilette à bord sont parfois une source de tension dans l’équipe, le maître du tour ayant décidé (arbitrairement) que lui seul pouvait disposer de la douche installée à l’arrière du véhicule.

Marc était invité dans la soirée à une rencontre avec des étudiants grenoblois. Dans l’attente, nous sommes allés nous positionner devant une antenne des douanes de Grenoble, située à l’extérieur de la ville. Histoire de marquer le territoire et de planter un autre petit drapeau sur la carte de notre tour de France. Pendant que nous préparions des sons et des vidéos dans le studio multimédia du Laika, NS discutait avec des douaniers, à l’extérieur.
Contacts plutôt amicaux, intéressés et compréhensifs, pour son combat et son engagement. Etant occupés par ailleurs, nous avions décidé avec Manu de laisser les échanges se faire sans filmer.

Dans une ambiance détendue mais studieuse, NS55 s’est mis aux fourneaux pour nous concocter une assiette dont il a le secret. Pour l’occasion, le maître queue du narcotour avait chaussé une toque qui lui donnait fière allure.Au menu, une farandole de crudités : carottes râpées, céleri rave (râpé également, une spécialité maison), reste de quiche de la veille, pommes de terre rissolées précuites de l'avant-veille (d'après notre enquête), tomates et tranches d’un vieux saucisson embarqué à Marseille (à la fraîcheur douteuse, car c’est tout ce que j’avais pu trouver en fouillant en catastrophe les placards avant le départ).

Si NS et Emmanuel firent honneur au menu, j’ai eu pour ma part du mal avec les carottes et le céleri qui trempaient dans une sorte de jus peu à mon goût.

Pour le dessert, NS nous a sorti un chèvre frais, que j’étais plutôt satisfait de voir atterrir sur notre table – pas seulement parce que ce petit fromage était excellent, mais surtout parce que j’essaie sans grand succès de mener une guerre toute solitaire dans le Laika, contre ces fromages qui envahissent trop souvent l’espace de vie d’odeurs nauséabondes. Après avoir achevé une bouteille de Beaujolais aux couleurs du " père La Grolle " (agréable, celui-ci, pas comme celui de la vieille), nous eûmes droit au café, pour le même prix.

Après ces délicieuses agapes, l'aviseur s'est mis en tête de mettre un peu d'ordre dans notre maison roulante.
Le temps de faire le tour du camping-car jusqu'à la remorque attaché à son cul, le voilà qui revenait avec un aspirateur qui avait de quoi satisfaire sa faim.

Tout y est passé, aucun tapis ou recoin de l'habitacle n'échappant à la voracité de l'appareil ménager et à l'oeuvre de son complice.



Le devoir accompli, surveillant d'un oeil assoupi les éventuels " clients " de la caravane, à l'avant du siège passager du camping-car toujours positionné face au bâtiment des douanes, NS s'est laissé aller à un petit roupillon digestif.



Vers 17 heures, nous avons repris la direction du centre de Grenoble. Organisée à l’initiative de l’antenne locale du Genepi (l’association des étudiants visiteurs de prison), la conférence de l’aviseur avait du être déplacée au dernier moment : initialement prévue dans les locaux de l’IEP, la grève des fonctionnaires nous a obligé de nous rabattre à la Bobine, un café concert fréquenté par la jeunesse locale.

Malgré ce petit contretemps, la salle à l’étage supérieure était pleine, à 18 heures, au moment où NS55 a commencé sa conférence.
Une cinquantaine de personnes d’un public majoritairement jeune et estudiantin a ainsi eu droit à une présentation vivante et envolée du héros du narcotour, sur son incroyable histoire, avec une priorité donnée à son expérience carcérale à travers 4 pays différents.

Ce n’est qu’un peu avant 21 heures que nous sommes enfin ressortis de la Bobine. Après sa brillante intervention, Marc avait vendu trois livres et récolté une invitation sur une radio locale.
La soirée, comme il se doit, s’est poursuivie sur la terrasse d’un Macdo (MacDrive pour les spécialistes) voisin. La température étonnamment clémente donnait à la soirée un petit air quasi-estival, après le froid des journées précédentes. Nous avons pu travailler à l’extérieur, pour préparer les prochaines mises en ligne et les encodages vidéos.
Enfin, vers 11h30, mis à la porte par la fermeture du lieu, nous avons rejoint le Laika qui patientait sous le chemin de fer surélevé qui traverse Grenoble. Histoire de se rapprocher du campus universitaire. Vous ne serez pas surpris, le véhicule s’immobilisera sur le parking d’un autre… Macdo.

Après une douce nuit sous le regard complice du père Ronald (et des rêves étranges peuplés de clowns ridicules, de hamburgers et de menus Best of), nous avons mis en boîte mercredi matin un entretien avec Sébastian Roché.
Ce criminologue, chercheur au CNRS et spécialiste des questions de délinquance et de criminalité, nous a éclairé le temps d’une interview de plus d’une heure sur les problématiques complexes liées à la drogue. Pendant que nous tournions dans les locaux de l’IEP, NS patientait avec le camping-car dans une des grandes avenues du campus. Où Roché est ensuite venu le rencontrer pour échanger avec lui. Au même moment, à une centaine de mètres de là, les étudiants en grève tenaient une AG sous la pluie pour décider de la suite à donner à leur mouvement de grève.

Une fois cette séquence en boîte, Sébastian Roché nous a proposé de déjeuner ensemble.
Au vu de l’heure tardive (14h30 passées), il nous proposa la seule solution viable selon lui : le… Macdo situé à l’entrée du site du campus.

Sans doute n’a-t-il pu interpréter à sa juste valeur le petit sourire qui s’est alors affiché sur nos lèvres : il s’agissait bien sûr du MacDo où nous avions passé la nuit !

Les rois de la came, ce soir

C'est ce soir, sur l'antenne de Canal +, dans le cadre de l'émission Jeudi investigation, que le documentaire de François Missen (que NS55 a longuement rencontré ce lundi, de passage à Marseille) et Bernard Nicolas sera diffusé (23h10).

Les rois de la came nous replonge dans la grande et petite histoire de la célèbre French connection, cette filière qui inonda entre les années 60 et 70 le marché américain (et dont le cinéma s'emparera) avec une héroïne raffinée par des chimistes aux mains d'or, qui opéraient dans le calme et l'ambiance bucolique de maisons perdues dans la garrigue.

Revenant sur les traces des DS qui transportaient la poudre par bateaux entre l'Europe et l'Amérique, ce 52 mn met à contribution de nombreux acteurs du jeu du chat et de la souris qui opposait les flics aux trafiquants - et en particulier des repentis.
A noter, au delà de quelques anecdotes croustillantes sur la façon dont les Marseillais faisaient voyager l'héroïne (en mettant au volant des fameuses DS de jeunes canadiennes énamourées de nos méridionaux), des images d'archives très fortes, comme cette très solennelle déclaration de guerre contre la drogue du président Nixon.

Les rois de la came reviennent également sur la façon dont les services de police mettront le paquet pour faire sauter la French, qui avait bénéficié jusqu'alors d'un certain laxisme - certains, dans le documentaire, n'hésitant pas à parler de complicités politiques.
On peut revoir la chose, dans la nuit de vendredi à samedi, sur Canal+ décalé, à 03h25. D'autres diffusions sont également prévues sur l'ensemble des chaînes Canal +.

mardi 20 novembre 2007

« Style cow-boy »

Après un week-end relâche dans l’atmosphère improbable de la zone commerciale des Milles, à Aix-en-Provence, le Laika s’est positionné dimanche soir face à la Méditerranée - à Marseille, à l’arrière du fort St Jean, face à l’entrée du port de commerce.Un cadre majestueux (habituellement occupé par les forains) et... gratuit : en théorie payant, l’accès est ouvert à tous, la barrière censée rythmer les entrées facturées ayant décidé de ne plus regarder que vers le ciel. Le site (sur lequel deux équipements culturels doivent être édifiés dans le futur, face à l’ancien J4 en fin de démolition) a fière allure.Surtout quand le Mistral n’est pas de la partie - dans le cas contraire, la force du paysage est concurrencée par celle du roi des vents. Le mistral ayant décidé de s’abstenir, tout était parfait. NS55 était ravi d’un tel décor.
De bonne humeur, il a réservé à Emmanuel un repas dont il a le secret, lui sortant le grand jeu : nappes rouges, service (neuf) en bakélite, verroterie disparate, pizza surgelée (bien craquante, autrement dit... dure comme une vieille semelle), petit rouge, camembert au fumet explosif, banane et café.
Pendant que nos convives se laissaient aller aux joies de la table, du travail m’attendait. Et ce n’est qu’une fois les 3 heures du matin bien sonnées que je me suis mis au lit, car je tenais à finir ce foutu dossier que j’avais promis d’envoyer à Yannis, le producteur.

Le lendemain, nous avions rendez-vous pour une séquence avec le journaliste François Missen. Les premières prises de vue étaient calées de bonne heure devant le quai des douanes, au bout du Vieux-Port. Face aux vedettes des douanes et des affaires maritimes. Pour l’occasion, nous avons reçu le renfort de Cédric Genet, ingénieur du son de son état, avec qui nous travaillons régulièrement. Cédric nous a fait l’amitié d’être avec nous, pour assurer une prise de son optimale.

L’équipe s’est ensuite déplacée vers le port de commerce, devant l’entrée 3. La direction du port autonome nous ayant refusé l’autorisation de tourner à l’intérieur du site – au motif qu’il ne serait question d’évoquer une réalité risquant de nuire à l’image du port (ce qui revient à définir ce que doit être le travail des journalistes, selon des critères de pure com...) –, nous avons réalisé une nouvelle séquence sur la passerelle enjambant les rails de train et surplombant le port, de l’autre côté de la route.
En voici un petit extrait (sur les coulisses et les arrières-coulisses de la guerre de la drogue), ci-dessous...



Toujours facétieux, pendant que nous tournions, NS avait abandonné son camping-car à l’intérieur de l’enceinte du port, sur le rond-point situé après le poste de contrôle des entrées. Les deux plantons chargés de réguler le ballet des camions lui ayant autorisé ce point de stationnement. A notre retour, pourtant, un comité d’accueil nous attendait. Des douaniers (plutôt gênés), des agents du port et une patrouille de police, alertée par la sécurité du port. Les policiers nous ont soumis à un contrôle qui s’est éternisé. L’un d’entre eux, plutôt zélé, commença par reprocher à NS 55 une « usurpation d’identité » (un qualificatif assez comique quand on connaît son histoire), avant que les choses ne finissent par se dégonfler. Sans que, auparavant, nous ayons eu droit au traditionnel et consternant couplet sur la fameuse interdiction de filmer (alors que nous étions à l’extérieur du port et que nous faisions notre travail de journalistes) - une sorte de lubie contagieuse chez les fonctionnaires qui mélangent joyeusement et sans discernement différentes notions mal maîtrisées (droit à l’image, droit à l’information...), en tentant d’intimider ceux qui prétendent exercer leur métier, dans un abus de position manifeste.
Finalement, après quelques tergiversations, NS55 repartira libre au volant du camping-car, nos pièces d’identité et cartes de presse ayant retrouvé de leur côté nos poches respectives.
Cette charmante intervention aura probablement donné lieu à un rapport, qui viendra grossir le lot des rapports, procès-verbaux et autres notes inutiles.
Un peu avant 14 heures, nous avons repris la route pour rallier Grenoble, cible de l’étape suivante. Un chemin qui passait par la nationale de Sisteron (pas d’autoroute payante, pour cause de budget serré).

A 20h19, pendant qu’Emmanuel dormait lourdement sur une des banquettes du carré central, nous franchissions le col de la Croix haute et ses 1179 mètres d’altitude, sur une route désertée et dans un paysage de neige, pour basculer sur Grenoble. Nous mettrons encore un peu de temps pour avaler les 60 km nous séparant de la capitale de l’Isère, dans une descente toute en colimaçon.

Un peu avant 22 heures, nous roulions enfin dans les avenues de Grenoble. A la recherche d’un établissement pour se restaurer. Après une manœuvre d’approche devant un restaurant à l’enseigne de New China et une courte hésitation, NS décidait de changer brutalement ses plans. « Il faut un MacDo, au moins on aura du Wifi ! ».
Décidément, sur ce (narco)tour de France, les priorités sont clairement fixées : la connectivité prime sur la gastronomie. Définitivement.
Et voilà comment, une fois de plus, nous nous sommes retrouvés confrontés à la fabuleuse cuisine de l’oncle Ronnie. En connaisseur, l’évadé du tour pouvait y aller de son commentaire sur la déco du lieu : « c’est surprenant ici, l’ameublement... C’est la première fois que je vois le style cowboy ! »

Pour passer la nuit, le Laika s’est planté sur un des parkings de l’Espace Comboire, une zone commerciale du côté d’Echirolles. Sous la protection de quelques regards bienveillants : ceux des enseignes d’un Tati, d’un King jouets, d’un Mondial tissus et (cela va sans dire) d’un Mac Do.
Ce matin, lundi, Emmanuel était le premier levé. Vers 6 heures du mat’, quand un vent violent s’est mis à souffler sur le centre commercial encore déserté. De quoi commencer une série de rangements, histoire de répandre dans l’habitacle de délicieux petits bruits de frottements, de glissements ou de grincements pour les oreilles de ses camarades qui avaient la faiblesse de vouloir prolonger cette douce nuit. Marc sera le second debout, alors que pour ma part, je le confesse, je ne me suis levé que sur le coup des 8h30.

Emmanuel était à prendre avec des pincettes, ce matin. Grognon et à fleur de peau, lâchant commentaires et réflexions à l’emporte-pièce. Remonté comme une pendule, le Manu, et limite désagréable à certains moments. Même Marc, au caractère souvent ombrageux, semblait béat devant cet excès de testostérone.

Dès l’ouverture des portes, clients fidèles, Marc et Emmanuel avaient à nouveau investi le MacDo pour installer le bureau (de camp) et avaler un café. Je les ai rejoints une demi-heure plus tard, pour rédiger ce billet.
Zones commerciales, nuits écourtées, parkings désertés, fastfood, aires d’autoroutes, bâtiments administratifs...
Le décor est à nouveau planté. Rien ne manque dans notre errance sur les routes de France, dans un paysage à la fois irréel et intime, quelques soient la ville, la latitude et le kilométrage.
Une sorte de bonheur moderne, interchangeable à souhait : partout chez soi !

Olivier-Jourdan Roulot, sur la route du (narco)tour de France, depuis Grenoble

Les sons de radio Nova

Sur les ondes de radio Nova, les auditeurs qui n'ont pas froid aux oreilles en entendent des vertes et des pas mûres, comme dirait ma grand-mère. Ils continuent de suivre les aventures de NS55, semaine après semaine.
Un sonore capté par nos soins, et diffusé la semaine dernière.
Cette fois, il est question de quelques tonnes de coke et de mafieux évadés dans la nature.
C'est ici, maintenant, et tout de suite, avec le lancement assurée par la douce voix de Mathilde Serrel, l'animatrice de la matinale de Nova...



dimanche 18 novembre 2007

Demandez la Dépêche !

Comme prévu, La Dépêche du Midi consacre un grand sujet au tour de France de NS55.
Dans son article sur ce dossier " qui sent la poudre ", la journaliste du quotidien de Toulouse souligne que la juge d'instruction Sophie Clément, dans un non-lieu rendu en 2006, avait reconnu que Marc Fiévet ne s'était pas livré à un trafic de stupéfiants, " puisqu'il était chargé d'infiltrer un réseau ".
Elle informe ses lecteurs du documentaire en cours de tournage, dont vous suivez ici même les aventures.
Et s'offre également un scoop, en annonçant le projet de fiction en cours de montage, qui devrait voir le jour prochainement, autour de l'histoire de NS55.
Elle révèle notamment que Gérard Depardieu, himself, devrait être au casting de cette grosse production.
D'autres pointures ont été démarchées. Nous vous en dirons plus, ici même, très prochainement.
Patience, donc...

Vous pouvez lire la totalité de cet article ici, en cliquant sur l'image ci-contre, ou en allant directement sur le site de la Dépêche : www.ladepeche.fr

samedi 17 novembre 2007

Le narcotour dans la presse

Les Toulousains pourront lire demain dans l'édition dominicale de la Dépêche du Midi un grand papier consacré à l'épopée de NS55, à son tour de France en camping-car et au tournage dont vous suivez ici même les échos.
Pour tous les autres, ce n'est qu'une question de patience.
Nous vous proposerons très rapidement, dans les jours qui suivent, la lecture de cet article signé Sabine Bernède.

La femme du Colombien...

Dans un précédent article, je vous faisais part des rumeurs qui annonçaient un peu partout sur le territoire national le passage du camping-car de NS55. Eh bien, nous pouvons aujourd’hui vous le confirmer : il ne s’agissait pas d’une hallucination collective qui se serait emparée des différentes implantations des douanes, au moment où la neige faisait un peu partout son apparition. Non, cette fois, c’est sûr, c’est le redémarrage du narcotour de France. En effet, le Laika est à nouveau sur les routes, en mission, de ville en ville, de douane en douane, de départementale en autoroute et en station service.

Hier, j’ai retrouvé NS positionné avec la caravane du tour devant la direction des douanes d’Aix-en-Provence, dans le quartier du Jas de Bouffan. Il était sur place, face au bâtiment, depuis un jour. A mon arrivée, il était en pleine discussion avec trois douaniers. Chacun d’entre eux portait dans la main un exemplaire du livre (évidemment dédicacé) retraçant l’histoire incroyable de l’agent infiltré.
Si Marc m’avait fait part la veille d’un accueil glacial d’indifférence à Avignon, cette fois, les douaniers en fonction à Aix étaient beaucoup plus à l’écoute. Ils ont été nombreux à venir le saluer, engager la discussion ou l’encourager. Et une dizaine ont acheté un exemplaire du livre.
De quoi mettre un peu de gazole dans le réservoir !

A bord, il y avait un peu de nouveau. Côté intendance, d’abord, j’ai pu noté le renfort de deux belles assiettes décorées – un cadeau de la sœur de NS, d’après nos infos. De quoi donner un peu plus de tenue à notre équipée. On ne sait jamais quelles rencontres nous réservent la route. Mieux vaut être armé pour recevoir avec les honneurs, au cas où il nous faudra organiser un repas de gala à bord !
Autre bonne nouvelle, Marc avait également réparé le frigo du camping-car, qui donnait d’inquiétants signes de fatigue. « Il ronronne, désormais », annonça-t-il fièrement, après m’avoir précisé qu’il avait démonté tout le système. Par ailleurs, il s’était acheté une carte Orange à glisser dans son ordinateur portable qui lui permet désormais d’être connecté à l’Internet de n’importe quel endroit. Pour autant, ce n’est pas la fin des MacDo et de nos errances nocturnes. En effet, cette connexion permanente ne nous dispensera pas de devoir trouver au jour le jour des points de connexion sur notre route, le flux de celle-ci restant très insuffisant pour transférer de l’image et surtout de la vidéo. Pour faire vivre au jour le jour l’épopée du tour, nous ne couperons pas encore aux nuits blanches...
Sur Internet, justement, NS55 venait de recevoir une dépêche de presse lui rappelant de vieux souvenirs. Elle annonçait la condamnation par la justice espagnole de Rafael Vera, ex-secrétaire d’Etat à la sécurité du gouvernement de Felipe Gonzalez. Pas un inconnu, ce Rafael Vera. « Je le connais, en effet », commentait l’aviseur. « Ce Vera Rafael, je l’avais rencontré par hasard il y a des années au cours d’un repas entre gens du GAL... C’est lui qui avait permis à Carlos Gaston Ferran, le patron du Gal de la région, de découvrir ma véritable action pour le compte des douanes françaises... Ce triste sire, qui fût condamné une première fois à 10 ans et gracié après trois mois de prison passés à Alcala-Meco, fut un malfaisant pour la jeune démocratie espagnole d’alors : pendant que les GAL s’enrichissaient, livraison après livraison de cocaïne et de cannabis sur l’Europe, avec l’aimable couverture de la police ou de la Guardia, les fonds réservés restaient dans ses poches ! Maudits individus, plus canailles que les canailles et plus crapules que les crapules ! »

Alors que je m’apprêtais à repartir vers Marseille pour préparer le tournage qui reprend, en laissant Fiévet qui devait passer la nuit sur un parking de la zone commerciale des Milles, un homme s’est avancé vers le camping-car. Après l’avoir aperçu de l’intérieur du cockpit, Marc est sorti à sa rencontre. « C’est vous, Monsieur, cette histoire ? Je vous ai vu à la télévision ! » Le visiteur, qui nous apprendra qu’il était... Colombien, s’est renseigné sur le caractère payant du livre, qu’il aurait bien voulu emporter gratuitement.
« Bon, je vais voir avec ma femme. C’est combien ? »

Olivier-Jourdan Roulot

mercredi 14 novembre 2007

Il est passé par ici...

Le camping car a quitté Boulogne sur Mer depuis quelques jours, déjà. Il s’est un temps positionné quelque part dans le centre de la France, dans une base tenue secrète, caché et prêt à fondre sur l’ennemi en profitant de l’effet de surprise. Depuis avant-hier, il semble qu'il ait commencé à manoeuvrer. On prétend l'avoir vu ou croisé, ici et là. Ainsi, il aurait été aperçu aujourd'hui du côté d'Avignon, devant le bâtiment des douanes...
La rumeur circule, difficile à vérifier...

Pendant que le directeur de l’épreuve fignole avec sa légendaire minutie (celle des vieux loups de mer qui ont traversé plus d’une tempête) les derniers détails des prochaines étapes du narcotour, nous nous agitons pas mal de notre côté, pour être fin prêts pour le redémarrage du tournage. En nous multipliant tout azimut, à dire vrai un peu dépassés par l’ampleur de la tâche.
Côté soutiens financiers, rien de nouveau à l’ouest, ou presque : Yannis, le désespérant producteur avec lequel nous entretenons une singulière liaison qui ne mène pour le moment à rien, si ce n’est à nous faire nous arracher les cheveux, est bien rentré du Maroc. Il va bien, rassurez-vous. Pour le reste...

Lundi, alors que nous travaillions dans nos bureaux installés dans un atelier d’un quartier populaire de Marseille, il n’était pas au rendez-vous téléphonique pourtant fixé par lui, à 14h30. Une fois de plus...
Voyant le temps défiler, j’ai fini par prendre les devants. Mais au moment où il a décroché une autre ligne sonnait. Prioritaire, à l’évidence. Sans que je n’ai le temps ni l’énergie pour articuler quelque chose d’intelligible, Yannis avait raccroché en promettant de rappeler dans les minutes qui suivaient.
Lundi soir, à l'heure du souper, l’inénarrable Yannis n’avait toujours pas rappelé...

Finalement, alors que nous nous étions promis de ne plus perdre de temps avec ce goujat pour concentrer nos efforts vers des producteurs plus sérieux, notre ami a fini par rappeler hier après-midi. A croire que les minutes n’ont pas la même valeur pour tout le monde... Sans doute faut-il d’ailleurs chercher ici une explication à ces entrechats stériles qui n’ont que trop duré à notre goût. Yannis doit donc relancer la machine, d’après ses dires, élargir son angle de tir en allant taper à un maximum de portes du côté des chaînes télé. Il réclamait de nouveaux éléments, qu’il fallait que je lui fasse passer. Il est vrai que le film, son angle et son approche ont eux le loisir d’évoluer, assez normalement, depuis le début de cette aventure. Ils se sont précisés, affinés, ils ont mûri, tout simplement.

Yannis m’a donc demandé des photos, un début de découpage, ainsi que des éléments sur le fond, l’angle ou les intervenants. De quoi constituer un dossier qu’il entend envoyer « sans faute » vendredi, pour « aller au carton » avec les chaînes et décrocher des rendez-vous. J’ai dit oui. Après avoir rejeté sa proposition de solliciter Le Droit de savoir, l’émission de l’insupportable Charles Villeneuve. « Pas envie », ai-je simplement répondu, un peu vexé qu’il puisse seulement envisager une telle hypothèse, au sujet d’une émission qui n’est pas vraiment notre tasse de thé, avec Emmanuel.

Côté médias, par contre, ça bouge un peu. Partenaire fidèle du narcotour, Radio Nova a passé un nouveau sonore capté par nos soins.Ce reportage a été diffusé sur l'antenne de la radio créée par le regretté Bizot vendredi ou lundi dernier. Nous n'avons pu l'entendre.
C'est un mail de Mathilde Serrel, l'animatrice de la matinale, qui nous a alerté. Mathilde nous a promis de nous envoyer le son pour que nous puissions vous le proposer ici même, sur le blog.

Hier, j'ai eu également un coup de fil de Sabine Bernède, journaliste de la Dépêche du Midi qui était venue couvrir l'étape toulousaine du narcotour. Sabine m'a dit que le grand sujet qu'elle avait préparé (elle avait aussi signé un petit papier dans l'édition du lendemain) devrait cette fois être bien publié ce dimanche. Là encore, nous tâcherons de vous proposer la chose.

Enfin, j'ai eu un échange téléphonique avec Nicolas Santolaria, responsable médias et audiovisuel à Technikart, excellent mensuel culture et société, qui fait référence dans le paysage des médias français. Il m'a dit avoir eu l'aval de sa rédaction en chef pour venir faire un papier en immersion sur le tour.
J'en ai parlé à Marc, qui a grogné, pas franchement ravi à l'idée d'embarquer un nouveau venu dans notre espace il est vrai déjà bien occupé...
Nicolas ne savait pas s'il rejoindrait le tour de France et sa promiscuité masculine dès ce WE : il avait sur le feu un autre reportage, pour ce WE également, mais l'affaire n'était pas sûre. Santolaria doit me rappeler, probablement ce jeudi, pour décider de la marche à suivre. Et savoir si ce sujet embarqué au coeur du narcotour sortira dans le numéro de décembre de Technikart ou plutôt dans celui de janvier.

Quoiqu'il en soit, pas mal de choses se préparent, comme vous le constatez. Il devrait y avoir de l'actu et du mouvement ces prochains jours, par conséquent.
Avec pas mal de choses intéressantes.
C'est ici, à suivre, au jour le jour...

Olivier-Jourdan Roulot

mardi 13 novembre 2007

Pour 50 000 dollars de plus...

Vendredi matin, nous avions rendez-vous Emmanuel et moi avec un étrange personnage à Marseille. Nous souhaitions le rencontrer pour lui proposer d’intervenir dans le film, car son profil nous intéressait pour notre enquête sur les routes de la drogue. Le rendez-vous avait été fixé sur le Vieux-Port, là même où je l’avais rencontré une première fois, quelques mois plus tôt, pour les besoins d’un article pour la presse écrite – le contact avait été pris via un éditeur que nous avions en commun.
Comme convenu, ce vendredi matin, sur le coup des 10h30, j’ai appelé notre contact sur mon portable, depuis le bar de la Caravelle, au dessus du Vieux-Port, où nous prenions un café en patientant.
« Rendez-vous dans deux minutes à lachopédoro », avait répondu la voix au bout du fil, avec le même inimitable accent.
Lachopé quoi ?

Trois minutes plus tard, nous étions au soleil à la terrasse de la Chope d’or, un bar du Vieux-Port, au pied de la Caravelle. Notre rendez-vous est arrivé, portant toujours une paire de Ray Ban très années 70, dont il semble ne jamais se séparer. Sous sa casquette à la visière rouge, notre homme avait la gueule de l’emploi : celle d’un ancien agent des services secrets du régime cubain. Une fonction qu’il a longtemps occupé, se consacrant avec pas mal d’efficacité aux basses œuvres de la cause castriste. Avant d’être obligé de fuir Cuba, victime à son tour d’un de ces revirements dont le régime de Fidel est coutumier à l’égard de ses plus zélés serviteurs, qui deviennent du jour au lendemain à leur tour des pestiférés. L’homme avait su mettre à profit quelques solides appuis en France, qu’il s’était assuré en préparant des déplacements d’hommes politiques français à Cuba, pour parvenir à s’exfiltrer sans trop de casse et recommencer une nouvelle vie loin de la fièvre et des humeurs changeantes des hommes de la révolution.
Nous souhaitions rencontrer cet exilé car il est a priori un homme parfaitement renseigné. Au courant de nombreux dossiers explosifs, sur les compromissions entre les narco et le régime de Castro, et d’autres sordides histoires mêlant étonnamment drogue, politique et géopolitique.

« Drogue et politique, belle histoire », a commencé notre interlocuteur, caché derrière ses Ray Ban pendues à une paire d’oreilles king size. « L’histoire a commencé avec les Américains au Vietnam, avec les services américains... Les Far se financent avec la drogue. Cuba a plongé dans la drogue depuis longtemps. La Bolivie, c’est une longue histoire ».
En avalant notre pression, nous buvions du petit lait. Belle entrée en matière !

Sa casquette Van Dutch visée sur le crâne, notre Cubain souriait à pleines dents, laissant apparaître une dentition qui en faisait un candidat parfait pour figurer au casting d’un film de genre. « La drogue a été utilisée d’un côté et de l’autre, comme une arme et un levier de contrôle des pays et des populations. Ce sont les origines mêmes de la révolution cubaine : elle a tenu grâce à ça, avec les mulets dans la Sierra maestra, qui appartenaient à des trois généraux proches de Raùl, devenu commandant de la révolution ».
L’air de rien, notre ami était en train de balancer de drôles de petites bombes.
« C’est la guerre », reprit-il encore. L’homme souriait toujours.

La guerre, peut-être, sauf qu’elle a un prix. Tout d’un coup, la discussion est devenue moins fun. En effet, alors qu’on lui expliquait que nous souhaitions sa participation dans notre film, notre ami cubain n’a pas fait de manières. Commençant par une explication assez vaseuse, en guise de mise en bouche : « quand tu passes à la télé, tout le monde te reconnaît pendant deux mois. Je n’aime pas ça. Tu sais jamais si on te regarde pour te féliciter ou pour te mettre une gifle ». Ouais... Tout d’un coup, la conversation prenait une drôle de tournure. « Moi, je vais te dire, je suis très loin d’une satisfaction intellectuelle. Ca, je m’en bats les couilles ! Ca dépend ce que tu proposes, donc... » Visiblement moins agile qu’Emmanuel (qui me confiera avoir tout de suite compris, plus tard), je demandais à notre Cubain ce qu’il voulait dire exactement. « Moi, je ne mélange pas les serviettes et les torchons. Votre mec, il a autant d’importance que le morpion qui sort du cul d’un éléphant de Vincennes ! ». La chose devenait de plus en plus mal engagée...
Un peu plus loin, l’ancien homme des basses œuvres précisait enfin sa pensée : « au Maroc, en ce moment, la télévision marocaine me sollicite sur l’affaire Ben Barka. On me propose entre 40 000 et 50 000 dollars... Fontaine et Bataille, avec leur nouvelle émission, m’ont proposé 4000 euros. Je les ai envoyés chier ! »

Cette fois, nous y étions ! Voilà que notre homme était en train de nous mettre un main un sacré marché : son témoignage contre un (joli) chèque ! En clair, il était en train de tenter de nous racketter ! Pas besoin de vous préciser notre surprise. Visiblement, notre homme avait conservé l’âme et les habitudes d’une vraie crapule, qu’il n’avait sans doute jamais cessé d’être.

La chose est d’ailleurs assez amusante, au fond : alors que nous avons de plus en plus de difficultés à joindre les deux bouts, en engageant nos économies au risque de l’équilibre personnel et financier de nos foyers, c’était autre chose, maintenant : le témoin payant ! Pas vraiment notre genre, à dire vrai – et pas que pour des questions de possibilités financières.
Ou alors, peut-être devrions nous solliciter des trafiquants, au fond, pour qu’ils financent notre film et les exigences étonnantes de ce type de personnages... Après tout, il faut bien que nous trouvions de l’argent et c’est bien là qu’il se trouve !

Au final, avant que nous ne l’abandonnions, l’ancien ami de Fidel finira par me proposer une interview, « en dédommagement », pour un newsmagazine pour lequel je fais des correspondances depuis Marseille. Il faut dire que Marianne avait lâché une bombe à son sujet, quelques jours plus tôt, en sortant un papier de trois pages dans lequel le journaliste " révélait " que c’était notre interlocuteur qui avait pris la célèbre photo-icône du Che, connue dans le monde entier et la plupart du temps attribuée à Korda. Du coup, tous les médias et les concurrents de Marianne tentaient d'obtenir une interview que notre homme se faisait un plaisir de refuser.
Et là, grand seigneur, le voilà qui me proposait cette fleur pour me dédommager !
« Je peux te dire des choses inédites : Le KGB a éliminé le Che... Ils ont tout planifié ! »
Imprévisible, décidément, notre Cubain. De mon côté, j’avais surtout un film à réaliser. Nous avons donc fini par abandonner l'ancien compagnon du Che.

Finalement, au total, au moment du bilan chiffré, cette charmante matinée nous aura coûté une dizaine d’euros, entre les trois pressions avalées et le parking. Une facture de plus qui vient rejoindre la collection des frais engagés pour notre film, au remboursement très hypothétique - pas la plus rentable, celle là, même si on est loin des 50 000 dollars évoqués plus haut…
Il ne nous reste plus qu'à trouver quelques producteurs portant des valises de dollars ! Allo, l'Amérique ?

Olivier-Jourdan Roulot

vendredi 9 novembre 2007

Story board

C'est bientôt l'heure de (re)reprendre la route pour le camping-car de l'aviseur. La caravane devrait sortir de sa cachette dans les prochains jours, pour traverser la France jusqu'à Marseille, d'où le narcotour doit repartir le week-end prochain.
Sur les routes de la drogue, NS55 doit mener l'enquête et rencontrer plusieurs personnes dans la cité phocéenne. Il y a le journaliste François Missen, d'abord, dont nous vous avons déjà parlé. Mais également un flic des stups, qui a 30 années de service derrière lui. Ainsi qu'un ancien agent secret du régime cubain, qui en connaît un bout sur les arrières-coulisses peu reluisantes du régime castriste et les étonnantes diagonales entre politiques, pouvoir et drogue dans cette partie du monde.

Pour préparer ces rencontres, nous avons ébauché une sorte de story-board, en découpant les scènes de ces rencontres afin de les scénariser un peu. Comme ce blog vous propose de suivre de l'intérieur la fabrication du documentaire, nous avons décidé de vous offrir la lecture de ce document de travail.
Il s'agit donc de la préparation et de la scénarisation des trois rencontres marseillaises au programme de ce redémarrage du narcotour de NS55...

dimanche 18 novembre :
- scène 1 : petit matin avec le flic des stups.
Marc et le flic des stups se retrouvent dans les ruelles de Marseille qui s'éveille (passage nuit / jour).
Les deux hommes déambulent et parlent dans des ruelles très étroites, à la lueur des réverbères (ambiance cinéma noir, intrigue).


Ce qu'ils se disent est presque secret. Pourtant, ce dialogue très matinal dérange tout de même la quiétude de ces ruelles endormies.
La caméra se trouve légèrement en retrait, sans trop les dévoiler. De sorte, nous pourrons anticiper les éventuelles réactions des habitants qui se réveillent.
Les réverbères s'éteignent, les volets s'ouvrent, les habitants encore mal réveillés regardent curieux ces drôles de passants, les travailleurs partent en se retournant.
Qui sont ces deux étrangers, qui ne sont visiblement pas du quartier ?
Préparent-ils un mauvais coup ?
À mesure que le jour se lève, la caméra se rapproche, les visages se précisent, les lieux perdent de l’intrigue, le discours se clarifie.
Les deux hommes finissent par approcher d’une artère plus grande, où la vie est déjà très présente.
Maintenant, les deux hommes sont en plein jour. Après une poignée de main, ils se séparent et sortent du champ chacun de leur côté…

- scène 2 : le soir
NS55 attend déjà le Cubain dans le bar, au comptoir.
Il est seul, ou presque, dans ce petit établissement de quartier quasi désert, ce dimanche soir.
Il est pensif, la mine sèche et triste. Mise en scène du lieu…
Le Cubain arrive, le rejoint et vient à sa rencontre. Il est de dos, il interrompt les pensées de Marc.
Les deux hommes se saluent et commencent à discuter.
La caméra filme avec la silhouette du Cubain en amorce.
Son visage se précisera dès qu’il sera un peu plus identifié (l'homme des services secret cubains). La caméra filmera alors de façon plus découpée, en champ et contre-champ.
Puis, les deux hommes sortent du bar et s’en vont ensemble en s’éloignant dans la nuit, comme de vieux amis. L’infiltré et l'homme des basses oeuvres disparaissent ensemble dans la nuit, avec encore plein de choses à se dire, sans que nous sachions quoi...

Lundi 19 novembre
- scène 3 : le matin, rencontre avec Missen : coup de téléphone, depuis le Laika, et prise de rendez-vous « sur le quai des douanes »

La caméra est sur le quai, cadre large. Missen est déjà là et attends NS55.
Il inspecte les lieux, observe le bateau de douanes.
Peut-être entame-t-il la discussion avec les douaniers présents autour du bateau - l’occasion de discuter de ces fameuses histoires de la french, d’échanger des anecdotes.

Puis NS55 arrive à son tour, interrompant les discussions s’il y en a. Les deux hommes se saluent et commencent à dialoguer à l’emporte pièce.
Ils entrent dans le fond du sujet, les différences de méthodes d’investigation entre les douanes et la police.
La caméra est très proche. La conversation s’enflamme.
Ils restent encore quelques instants statiques sur le quai pour parler, puis décident de s’éloigner loin des curieux ou des oreilles indiscrètes.
La caméra les laisse partir. Ellipse.

Nous les récupérons dans le décor démesuré du port autonome.
La discussion est plus intime, mais très dense.
Ils changent régulièrement de lieux, mais ne déambulent pas en permanence, et s’arrêtent régulièrement pour parler les yeux dans les yeux.
Cette fois, c’est la caméra qui les quittera, les laissant seuls sur les quais…

jeudi 8 novembre 2007

Les millions du repenti

Pendant que NS55 tente de combattre un début d’angine du côté de Boulogne sur Mer, pressé de reprendre la route de son combat, nous travaillons depuis Marseille au développement du film en tournage.
Hier matin, nous avons rendu visite à François Missen. Missen a beaucoup travaillé sur les trafics de drogue. Sur l’histoire de la french connection notamment – cette époque incroyable où Marseille était la plaque tournante du trafic d’héroïne, raffinée dans le secret de laboratoires disséminés dans la garigue.
Ce journaliste à l’ancienne, volontiers baroudeur et toujours prêt à partir sur la piste d’une nouvelle enquête, vient d'ailleurs de terminer un 52 mn sur le sujet. French connection, les rois de la came, sera diffusé le 22 novembre sur Canal +, dans le cadre de l’émission Jeudi investigation. Nous vous reparlerons de ce documentaire ici même, avant sa diffusion. D’ores et déjà, nous vous recommandons de réserver votre soirée du 22 novembre.

Avec Missen, dans sa maison installée face aux murs de la célèbre prison des Baumettes, nous avons travaillé près de trois heures durant pour préparer une rencontre avec NS55, que nous avons prévu de tourner pour l’intégrer au film. Nous avons défini avec lui les thèmes de cet échange, et ceux de son intervention.

A notre arrivée, Missen était plongé dans une montagne d’archives : des coupures de presse jaunies par le temps, dont les gros titres renvoyaient aux grands épisodes de la fameuse french. Il venait de les récupérer, après les avoir prêtées pour les besoins de la promotion de son documentaire, et était en plein rangement au moment de notre arrivée.


Missen (ici en photo sur le port de Vera Cruz) est un type assez hors-norme. Qui a beaucoup bourlingué à travers le monde. En Afghanistan (où il a le premier annoncé l’arrivée de l’armée russe), à Cuba, aux Etats-Unis. En 1974, sa couverture de la guerre d’Irlande lui vaut le prix Albert Londres. Missen a la particularité d’avoir décroché les deux prix journalistiques les plus prestigieux en France et aux Etats-Unis, puisqu’il a également reçu le prix Pulitzer pour ses reportages sur la french connection.
Parmi ses faits d’armes, il a également écrit le formidable Doudou, mémoires du repenti Edouard Rimbaud (sorti en 2000, chez Gallimard, dans la Noire), responsable de la chute de la french. Rimbaud qui a d’ailleurs accepté, pour la première fois, de témoigner devant la caméra de Missen. En 2004, le reporter sortait un document consacré au Réseau Carlyle (chez Flammarion), fond d’investissement américain au coeur des politiques sécuritaires des faucons du parti républicain du clan Bush.
Il y a quelques années, cet ancien du Provençal avait cosigné avec le fameux commissaire Marcel Morin la Planète blanche, puis American connection.

Nous avons notamment échangé sur la question des repentis, sur les rivalités entre les douanes et les flics, sur la différence des méthodes entre Français et Américains, sur l’hypocrisie des politiques, la question des cités, de la dépénalisation, et sur bien d’autres sujets encore.

Et puis, Missen nous a raconté comment il avait loupé un scoop avec Tommaso Buscetta, le premier grand repenti de la mafia sicilienne, alors qu’il travaillait sur un reportage pour la télévision française. Le reporter avait pourtant obtenu l’accord des Américains, qui détenaient Buscetta, pour réaliser son interview. Mais les tergiversations de la chaîne (Arte, pour la citer)feront capoter l’affaire. Quand Missen finit par rappeler son contact à la DEA, celui-ci lui rira au nez : entre temps, Toto Riina et les terribles corléonais avaient employé des moyens militaires pour faire disparaître les juge Falcone et Borsalino. Du coup, les Italiens avaient demandé l’extradition du parrain et un grand quotidien transalpin en avait profité pour s’offrir l’exclusivité d’une interview avec Buscetta contre 5 millions...
La preuve, si besoin en était, que les scoops tiennent souvent du miracle !
Olivier-jourdan Roulot

lundi 5 novembre 2007

La radio du tour 4

Sur les routes de France, le narcotour fait actuellement relâche. Pendant que la France se met en vacances pour la Toussaint, le camping-car et son pilote solitaire se reposent un moment, avant de repartir pour de nouvelles aventures.
NS55 a retrouvé le nord de la France. Il devait notamment répondre à une convocation devant le juge d’application des peines qui suit son dossier.
Après la déjà longue équipée du tour, l’ex agent infiltré semble avoir un petit coup de mou. Les km et la fatigue aidant, il a pris de plein fouet le froid qui finit par s’installer sur le pays. Du coup, c’est un peu la soupe à la grimace. Pas la grande forme, par conséquent, pour NS55...
Malgré tout, il prépare activement les prochains rendez-vous de son tour de France. Sud ? Nord ? Ouest ? Est ? Le programme reste flou. Le patron du narcotour reste mystérieux sur le déroulé précis des prochaines étapes du tour...



La quadrature du cercle...

Hier soir, avec Emmanuel, nous avons longuement discuté par téléphone sur la suite à donner au projet, et sur celle du tour de France en général – la première question n’allant pas sans l’autre. Nous n’avons à ce jour toujours pas de producteur. J’ai relancé celui avec qui nous sommes en contact depuis déjà très longtemps. Il m’a envoyé un mail dans lequel il explique qu’il sera rentré demain du Maroc et qu’il a l’intention d’aller au contact avec les chaînes de télé.
Par contre, je n’ai pas eu le temps de faire passer une présentation un peu détaillée du projet à l’autre producteur avec qui j’en avais discuté par téléphone – et qui semblait vraiment intéressé par l’idée d’un film sur la drogue, pris sous l’angle d’un constat dur et froid, et plongé au cœur de la guerre opposant les Etats aux trafiquants.
Malheureusement, depuis le début, nous sommes confrontés à ce terrible dilemme : dans les semaines qui précèdent une session de tournage, nous devons nous concentrer sur la préparation du tournage. Pendant le tournage, nous sommes… sur le tournage, évidemment. Du coup, nous n’avons pas le temps de chercher du côté des producteurs, dont nous avons pourtant impérativement besoin. Et quand, enfin, nous revenons d’une session de tournage, nous devons faire face à une tonne de travail (qui n’a rien à voir avec ce film en développement) qui s’est accumulée en attendant notre retour. Résultat, là encore, nous manquons cruellement de temps pour relancer ou accélérer la machine.
C’est ce qui s’est passé pour ce producteur qui attend des éléments pour se prononcer sur ce projet qui semble vraiment l’intéresser.
En réalité, c’est un cercle vicieux, vous le comprenez. Seule la possibilité d’avoir un producteur à nos côtés nous permettra d’aller au bout de ce projet dans lequel nous croyons. En même temps, seule cette présence nous apportera le confort de travail, en ne nous obligeant plus à courir mille chevaux à la fois pour financer le coût de ce film pour le moment auto-produit. Nous ne pourrons avoir du temps pour nous concentrer entièrement sur ce projet qu’à partir du moment où nous aurons une chaîne ou un producteur derrière nous.
Problème, c’est maintenant que nous aurions besoin de temps pour justement trouver des indispensables soutiens…
A s’arracher les cheveux !

Olivier-Jourdan Roulot